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Le sport béninois produit des talents. Mais où sont-ils sur Internet ?

Le sport béninois produit des talents. Mais où sont-ils sur Internet ?

Le Bénin produit des talents. Sur les pistes, dans les dojos, sur les parquets et sur les terrains, des sportifs travaillent, progressent et représentent le pays. Des clubs se structurent, des académies forment de jeunes pratiquants et des fédérations organisent des compétitions qui font vivre notre sport. Pourtant, lorsqu’on quitte le terrain pour entrer dans l’espace numérique, le contraste est frappant. Il devient parfois difficile de retrouver l’histoire d’un club, le parcours d’un athlète, les résultats d’une compétition ou même les coordonnées d’une structure sportive. Nous avons construit une partie de notre sport dans le monde physique, mais nous avons encore du retard dans la construction de son équivalent numérique.


En tant que journaliste sportif et professionnel du digital, c’est une situation que je trouve difficile à accepter. Mon métier m’amène à rechercher des informations, à les vérifier, à les raconter et à leur donner une visibilité. Mon travail dans le numérique m’amène, lui, à réfléchir aux outils capables d’organiser cette information. Ces deux regards m’ont convaincu d’une chose : le problème du sport béninois n’est plus seulement celui de la visibilité médiatique. C’est aussi celui de son existence numérique.

Un recruteur ne peut pas deviner ce que nous ne montrons pas

Le fonctionnement du sport international a profondément changé. Lorsqu’un recruteur, un agent, un sponsor, un média ou un partenaire s’intéresse à une structure ou à un sportif, il peut commencer par une simple recherche en ligne. Il cherche un nom, consulte un site, regarde les résultats, vérifie un parcours, observe les contenus disponibles et se fait une première idée de la personne ou de l’organisation. Cette recherche ne remplace évidemment pas le contact humain, mais elle constitue souvent une première porte d’entrée.


Or, cette porte est parfois fermée lorsqu’il s’agit du sport béninois. L’information existe, mais elle est éparpillée entre des publications Facebook, des vidéos YouTube, des comptes personnels, des groupes WhatsApp et quelques articles de presse. Une partie disparaît dans les archives des plateformes. Une autre n’est jamais indexée correctement. Certaines informations ne sont tout simplement jamais publiées. Ce n’est pas le manque d’activité qui pose problème. C’est le manque de structure autour de cette activité.


Un jeune athlète peut donc avoir remporté plusieurs compétitions et rester pratiquement invisible pour quelqu’un qui le découvre depuis l’étranger. Une académie peut former des joueurs prometteurs sans disposer d’un espace présentant son travail. Un club peut avoir une longue histoire sans posséder une page officielle permettant de la raconter. Ce paradoxe mérite d’être pris au sérieux.

Nous communiquons beaucoup, mais nous archivons encore trop peu

Les réseaux sociaux ont permis au sport béninois de gagner rapidement en visibilité. Une photographie, une vidéo ou un résultat peut désormais atteindre plusieurs milliers de personnes en quelques heures. Mais cette immédiateté possède une faiblesse : elle ne constitue pas nécessairement une mémoire durable.


Une publication publiée aujourd’hui sera remplacée demain par une autre. Quelques mois plus tard, il faudra parfois faire défiler des centaines de contenus pour retrouver une information. Dans plusieurs années, la recherche deviendra encore plus difficile. C’est ici que la différence entre communiquer et documenter devient essentielle.


Documenter, c’est organiser l’information pour qu’elle reste accessible. C’est conserver les résultats, les palmarès, les biographies, les photographies, les compétitions, les statistiques et les grandes étapes d’une carrière. C’est permettre à un journaliste de retrouver une donnée, à un chercheur de consulter une archive, à un supporter de découvrir l’histoire de son club ou à un partenaire de comprendre le parcours d’une structure.

N

otre sport a besoin de cette mémoire. Sans elle, chaque génération recommence en partie le même travail et une quantité considérable de notre histoire disparaît avec le temps.

Une présence numérique doit devenir un outil de travail

Je ne défends pas la création de sites Internet simplement pour pouvoir dire qu’une fédération, un club ou une académie possède un site. Ce serait passer à côté du véritable sujet. Une plateforme numérique utile doit répondre à des besoins précis et être alimentée dans la durée. Pour une fédération, cela peut signifier disposer d’un espace centralisant les calendriers, règlements, résultats, classements, compétitions et documents officiels. Pour un club, il peut s’agir de présenter ses équipes, son histoire, ses joueurs, son encadrement, ses partenaires et ses performances. Pour une académie, l’enjeu peut être de présenter sa méthode, ses catégories, ses installations et les jeunes qu’elle accompagne. Pour un athlète, il peut s’agir de construire une véritable fiche professionnelle réunissant son parcours, son palmarès, ses statistiques, ses vidéos et ses références.


La technologie n’est donc pas la finalité. Elle est le moyen d’organiser ce que le sport produit déjà. C’est cette distinction qui doit guider les futurs projets numériques sportifs au Bénin. Il ne s’agit pas de faire plus de bruit. Il s’agit de rendre l’information plus utile.

Le branding sportif reste également un chantier

Il y a une autre dimension que nous négligeons souvent : l’identité. Un sportif, un club ou une fédération ne vend pas uniquement une performance. Il porte une histoire, une image, des valeurs et une identité qui doivent être cohérentes sur les différents supports.


Un club qui possède une identité forte mais dont les informations officielles sont difficiles à trouver perd une partie de cette valeur. Un athlète qui réalise de grandes performances mais dont les contenus sont dispersés laisse d’autres personnes raconter son parcours à sa place. Une académie qui veut attirer des partenaires mais qui ne présente pas clairement son projet rend elle-même plus difficile sa compréhension.


Le branding sportif ne consiste donc pas uniquement à créer un logo. Il consiste aussi à construire une identité reconnaissable et cohérente partout où le public rencontre la marque. Internet est devenu l’un de ces espaces essentiels.

Le retard numérique n’est pas une fatalité

Je ne crois pas qu’il faille regarder cette situation uniquement avec frustration. Le Bénin possède justement une opportunité intéressante : une grande partie de cette transformation reste à construire. Cela signifie que nous pouvons encore concevoir des solutions adaptées à notre environnement, à nos moyens et aux réalités de nos organisations sportives.


Il faudra des compétences. Des journalistes capables de produire et vérifier l’information. Des communicants capables de construire des stratégies. Des développeurs capables de créer des plateformes simples et efficaces. Des photographes et vidéastes capables de constituer des archives visuelles. Des spécialistes du référencement capables de rendre ces contenus trouvables. Et demain, des outils d’intelligence artificielle capables d’aider à classer, rechercher et exploiter cette masse d’informations. C’est cette complémentarité qui peut faire émerger un véritable écosystème numérique sportif.

Ma conviction : le prochain chantier est aussi numérique

Je ne pense pas que le numérique résoudra à lui seul les problèmes du sport béninois. Il ne remplacera ni les infrastructures sportives, ni la formation, ni les financements, ni la qualité de l’encadrement. Mais je suis convaincu qu’il peut amplifier considérablement ce qui fonctionne déjà et rendre visibles des réalités qui restent aujourd’hui confinées à nos frontières.


Nous devons donc commencer à traiter les contenus sportifs comme un patrimoine. Les résultats doivent être conservés. Les parcours doivent être documentés. Les compétitions doivent laisser des traces. Les clubs doivent pouvoir raconter leur histoire. Les athlètes doivent pouvoir maîtriser leur image. Les fédérations doivent pouvoir devenir des références documentaires dans leurs disciplines.


Le sport béninois n’a pas seulement besoin d’être raconté lorsqu’il gagne. Il doit être documenté pendant qu’il se construit. C’est là, à mon sens, que se trouve l’un des grands défis des prochaines années : faire en sorte que la richesse produite chaque jour sur nos terrains existe aussi, de manière structurée et durable, dans le monde numérique.


Parce qu’un talent peut être découvert par hasard.


Une génération, elle, doit être rendue visible par construction.

Ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait.